GRIPPE A : doit-on vacciner nos enfants ?

Hospitalisé à l’hôpital Necker, un bébé de 11 mois souffrant d’une atteinte cardiaque est décédé le 18 octobre 2009, des suites de la grippe A H1N1. Aujourd’hui, les urgences pédiatriques notent une recrudescence de cas avérés de grippe A. Où en est-on réellement ? Doit-on craindre une pandémie ? Que penser d’un vaccin souvent critiqué ? Face aux nombreuses inquiétudes, PsychoEnfants fait le point avec le professeur Patrick Berche, chef du service bactériologie, virologie, parasitologie et hygiène de l’hôpital Necker-Enfants malades.

PsychoEnfants : Y a-t-il une recrudescence de cas avérés de grippe A chez les enfants ?

Pr Berche : En effet, nous avons constaté une augmentation de plus 20% des cas de grippe A la semaine dernière dans toutes les urgences pédiatriques de la région Ile de France. Plus largement, on a dénombré durant la dernière semaine d’octobre, près de 167 000 cas de grippe A, dont 50 % chez des moins de 25 ans, car cette grippe frappe majoritairement les jeunes. Aujourd’hui près de 190 pays sont touchés. Je ne vois pas comment nous pourrions échapper à une vague épidémique. Dès qu’il fait froid, les gens se rassemblent, restent plus longtemps dans des espaces confinés ce qui augmente la probabilité d’exposition au virus. De plus, ce dernier résiste au froid et se propage plus aisément.

PsychoEnfants : Quelles sont les personnes les plus exposées ?

Pr Berche : Les femmes enceintes, les enfants de moins de 2 ans qui n’ont pas encore un système immunitaire mature, toutes les personnes avec des infections pulmonaires chroniques comme les asthmatiques, les personnes ayant des infections chroniques comme le diabète ou l’obésité, et les personnes immunodéprimées, notamment les cancéreux sous chimiothérapie ou les séropositifs HIV. Les groupes à risques concernent 13 millions de Français. A partir du 12 novembre, ce sont ces personnes qui devraient être vaccinées en priorité. On pense que la pandémie va toucher au moins entre 15 et 20 % de la population française.

PsychoEnfants : A partir de quel stade faut-il se rendre à l’hôpital ?

Pr Berche : Environ 1% des cas de grippe nécessitent une hospitalisation. Si on se sent grippé, il faut rentrer chez soi et appeler son médecin. Si des difficultés respiratoires apparaissent, on peut être hospitalisé. Mais il ne faut surtout pas se rendre d’emblée à l’hôpital, car on risque d’engorger les urgences et surtout de disséminer le virus.

PsychoEnfants : Beaucoup de personnes sont réticentes au vaccin. Comprenez-vous leur inquiétude ?

Pr Berche : Oui bien sûr, il y a un gros problème de communication à ce sujet. Les gens ont peur qu’on aille trop vite, que les tests d’innocuité ne soient pas correctement réalisés. Pourtant la France n’est pas la seule à avoir décidé d’une vaccination de toute la population, il y a aussi les Etats-Unis, la Chine, l’Allemagne, l’Espagne, la Grande Bretagne… Regardez ce qui se passe aujourd’hui aux Etats-Unis et au Canada, les gens font la queue pendant des heures pour obtenir un vaccin. L’arrivée d’une vague de grippe A associée à la perception d’un risque pourrait générer une situation semblable en France. D’où l’intérêt de se faire vacciner le plus tôt possible.

PsychoEnfants : A partir de quel âge peut-on faire vacciner son enfant ?

Pr Berche : A partir de 6 mois, mais en dessous de 2 ans, on propose un vaccin sans adjuvants (produits ajoutés au vaccin pour stimuler la réaction immunitaire et renforcer la fabrication d’anticorps).

PsychoEnfants : Sans adjuvants ?

Pr Berche : Oui, on utilise des adjuvants pour diminuer les doses de vaccin afin de pouvoir vacciner un maximum de personnes. Les squalènes sont des adjuvants qui, mélangés avec le virus inactivé, induisent une meilleure réponse immunitaire. Ce sont des produits naturels que l’on retrouve dans notre foie ou dans les plantes. Les squalènes du vaccin contre la grippe sont largement utilisés depuis plusieurs années sans inconvénients notoires. Toutefois, nous n’avons pas encore assez de recul sur les effets qu’ils pourraient entraîner chez les enfants de moins de 2 ans, dont le système immunitaire n’est pas mature. Tout comme chez les femmes enceintes qui, surtout lors du dernier trimestre de leur grossesse, ont une immunité affaiblie naturellement par leur grossesse, ce qui les rend donc beaucoup plus fragiles aux infections, notamment à la grippe. Les adjuvants sont sûrement inoffensifs pour elles aussi, mais par précaution on préfère utiliser des vaccins sans adjuvant.

PsychoEnfants : Existe-t-il des effets secondaires ?

Pr Berche : Oui dans 50% des cas, on peut observer une rougeur à l’endroit où le vaccin a été injecté, plus rarement des maux de tête ou des courbatures pendant quelques heures. Mais ces incidents ne sont pas spécifiques à ce vaccin. Quand on sait que l’on a environ une chance sur 10 000 de mourir de la grippe A, une chance sur 100 d’être hospitalisé, ces effets secondaires apparaissent minimes et même dérisoires. De plus, on a tout lieu de croire en l’efficacité de ce vaccin, car selon les essais préalables réalisés, on constate l’apparition d’anticorps neutralisants 15 jours à 3 semaines après l’injection.

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